Dans l’article précédent, il a été question de la simonie vue sous l’angle du culte et du commerce des reliques. Ce présent article parlera du même sujet mais vu à travers le commerce des indulgences du pape. Il donnera l’occasion de dire ce que sont les indulgences, ensuite voir le contenu de ces indulgences avant de se prononcer sur cet autre commerce exercé en plein temple dont la dangerosité est avérée.

1. Les indulgences du pape vendues par Tetzel

Les indulgences sont des lettres scellées par lesquelles le pape absolvait les péchés des croyants. Ce document, de l’avis même de Jean Tetzel a le pouvoir de faire pardonner les péchés même que l’on aurait envie de commettre dans l’avenir. Il déclare : 

« Je ne voudrais pas changer mes privilèges contre ceux de Saint Pierre dans le ciel ; car j’ai sauvé plus d’âmes par mes indulgences, que l’apôtre par ses discours. Il n’y’a aucun péché si grand que l’indulgence ne puisse le remettre et même, si quelqu’un, ce qui est impossible sans doute, avait fait violence à la sainte vierge Marie, mère de Dieu, qu’il paie bien et cela lui sera pardonné. La repentance n’est même pas nécessaire. Mais il y’a plus. Les indulgences ne sauvent pas seulement les vivants elles sauvent aussi les morts. Prêtres,  nobles, marchands, femmes, jeune fille, jeune homme, enfants. » (Thèses 99, 100, 101.)

En clair, les indulgences ont le pouvoir de remettre les péchés passés, présents et futurs. Mais que dit en fait le texte de l’indulgence ?

2. Le contenu du texte de l’indulgence

« Que notre seigneur Jésus-Christ ait pitié de toi, et t’absolve par les mérites de sa très sainte passion ! Et moi, en vertu de la puissance apostolique, qui m’a été confiée, je t’absous de toutes les censures ecclésiastiques, jugements et peines que tu as pu mériter ;de plus, de tous tes excès péchés et crimes que tu as pu commettre, quelque grands et énormes qu’ils puissent être et pour quelque cause que ce soit, fussent-ils même réservés à notre très saint père le pape et au siège apostolique, j’efface toutes les taches d’inhabileté, et toutes les notes d’infamie attirer à cette occasion, je te remets les peines que tu aurais dû endurer dans le purgatoire. Je te rends de nouveau participant des sacrements de l’Eglise. Je t’incorpore derechef dans la communion des saints, et je te rétablis dans l’innocence et la pureté dans laquelle tu as été  à l’heure de ton baptême. En sorte qu’au moment de ta mort, la porte par laquelle on entre dans le lieu des tourments et des peines te sera fermée et qu’au contraire la porte qui conduit au paradis de la joie te sera ouverte. Et si tu ne devais pas bientôt mourir, cette grâce demeurera immuable jusqu’au temps de ta fin. Au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. Amen : Frère JEAN TETZEL, commissaire l’a signé de sa propre main. »

3. Lumière sur le moine Jean Tetzel

Johann Tetzel est né en 1465 à Prina en Allemagne, il est un prêtre dominicain il a été rendu célèbre par son rôle auprès du pape Léon X lorsque ce dernier décida de relancer la vente des indulgences dans le but de reconstruire la basilique saint Pierre de Rome. Il parcourait le pays accompagné de trois cavaliers, menant grande vie et  faisant de fortes dépenses. On aurait dit un prince en tournée, avec sa suite et ses officiers, et non un vulgaire marchand. Quand son cortège s’approchait d’une ville, un envoyé se rendait auprès des autorités : « La grâce de Dieu et du très saint père le pape est aux portes de  votre ville » disait l’envoyé.

Aussitôt c’était le branle- bas dans l’endroit. Le clergé, les prêtres, les nonnes, les maîtres d’école, les étudiants, les corps de métier avec leurs drapeaux, hommes et femmes, jeunes et vieux, allaient à la rencontre des marchands et alors la vente pouvait commencer. On lui attribue ses deux vers de 1515 : Sitôt que sonne votre obole, Du feu brûlant l’âme s’envole.

On raconte à son sujet aussi l’anecdote suivante : 

« Un gentilhomme saxon, qui avait entendu Tetzel à Leipzig, avait été indigné de ses mensonges. Il s’approcha du moine et, lui demande s’il a le droit de pardonner les péché qu’on a l’intention de commettre. Assurément répond Tetzel, j’ai reçu pour cela plein pouvoir du pape. Eh bien reprend le chevalier, je voudrais  exercer sur l’un de mes amis une petite vengeance, sans porter atteinte à sa vie. Je vous donne dix écus si vous voulez me remettre une lettre d’indulgence qui m’en justifie pleinement. Tetzel fit quelques difficultés ils tombèrent cependant d’accord de la chose, moyennant trente écus. Bientôt après, le moine part de Leipzig. Le gentilhomme, accompagné de ses valets, l’attendait dans un bois entre Jiiterbock et treblin ; il fond sur lui, lui fait donner quelques coups de bâton et enlève la riche caisse des indulgences que l’inquisiteur emportait avec lui. Tetzel crie à la violence et porte plainte devant les tribunaux. Mais le gentilhomme montre la lettre que Tetzel a signé lui-même, et qui l’exempte à l’avance de toute peine. Le duc George, que cette action avait d’abord irrité, ordonna, à la vue de cet écrit qu’on renvoyât l’accusé absous. » Tel est donc pris qui croyait prendre.

4. La dangerosité du commerce des indulgences

Le commerce des indulgences arrache à Mashiah sa qualité de sauveur et l’attribue au pape et à son envoyé Jean Tetzel. Or il est écrit : 

« Il n’y’a  de salut en aucun autre ; car il n’y’a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés. » (Actes 4/12).

Ainsi donc  tout individu qui se prévaut d’une telle qualité est du diable et sa fin ne tardera pas. Le commerce des indulgences se présente comme un autre retour effectué par les commerçants dans le temple. 

Le Scribe

primi sui motori con e-max