Ce troisième article s’attache à montrer que l’enseignement théologique selon lequel « le sacrifice de HaMashiah rachète du péché de la pauvreté matérielle » est erroné. Il présente d’abord les thèses des évangélistes de la prospérité. Il les réfute ensuite en précisant les conséquences du sacrifice, puis il décrit l’état de pauvreté matérielle dans l’Église naissante, avant de souligner les enseignements des apôtres au sujet de la maladie et la pauvreté. Il conclut que le sacrifice de HaMashiah n’a eu aucun effet d’amélioration sur la condition matérielle des croyants au plan individuel et au plan collectif.  

1. Les Thèses produites par les Pasteurs de la prospérité

L’affirmation centrale de la théologie de la prospérité est que la guérison et la richesse sont acquises, dès aujourd’hui, pour tout chrétien, avec le salut en Jésus-Christ. Dieu veut que ses enfants prospèrent matériellement (3 Jean 2), et qu’ils connaissent la réussite, y compris financière (Josué 1/8 ; 1 Chroniques 20/20 ; Néhémie 2 /20 ; Psaumes 1/3). Cette perspective est attrayante puisqu’elle véhicule l’image d’un Dieu de générosité, qui s’intéresse à la vie des croyants, la transforme et l’enrichit dans tous ses domaines.

Kenneth Hagin en est un grand doctrinaire avec ses nombreux écrits. Il y constate que :

« Le sacrifice de Christ a donné accès aussi bien à la guérison physique qu’à la prospérité matérielle. » (Ken L.Sarles, “A Theological Evaluation of the Prosperity Gospel (Bibliotheca Sacra, Octobre-Décembre 1986, p.344.)

Gloria Copeland a dit à propos du sacrifice de Jésus :

« Le principe élémentaire de la vie chrétienne est de savoir que Jésus a porté à la croix notre péché, nos maladies, nos peines, nos douleurs et notre pauvreté. » (Gloria Copeland, God’s Will is Prosperity (Forth Worth, Texas, Kenneth Copeland Publications, 1978), p. 88)

Dans leur interprétation des effets du sacrifice, la maladie, la pauvreté sont toujours liées et leurs remèdes sont dans la rédemption :

« En Romains 5/12 il est clairement dit que la mort est entrée dans le monde à cause du péché. Ainsi, il est évident que la maladie, qui est une mort annoncée, est entrée dans le monde par le péché. Puisque la maladie est entrée par le péché, son vrai remède doit être trouvé dans la rédemption en Christ. » (Kenneth Hagin, L’autorité du croyant (Nice, « Victoire » Centre Chrétien, 1996, 17.)

Ayant reconnu que la maladie est entrée dans la monde, ils soutiennent encore qu’elle est le fruit de la malédiction promise à Israël (les fléaux prévus dans la Loi de Moshé au Deutéronome 28). Cela permet d’affirmer, dès à présent, pour ceux qui ne sont plus sous cette loi, la libération de toute maladie, alors que pour la mort, on attend encore cette victoire par la résurrection.

En résumé, la maladie est d'origine spirituelle, car elle est une conséquence directe de la rébellion d'Adam. Par cette rébellion, l'homme a laissé à Satan une porte ouverte pour l'affliger de divers maux. La guérison de la maladie est donc premièrement spirituelle. De plus, les maladies sont souvent la conséquence directe de péchés particuliers, individuels ou liés à la parenté du croyant. La maladie est alors une conséquence spirituelle trans-générationnelle. Ainsi, étant entrée par le péché, son emprise est annulée par la rédemption. Recevoir le salut en Jésus-Christ, c’est recevoir la guérison. Pour eux, les moyens de guérison sont par conséquent aussi spirituels, et la guérison est intimement liée à la paix que Dieu apporte aux hommes et proportionnellement à leur foi.

Sur la guérison, Kenneth Hagin a aussi fait plusieurs déclarations : 

« Si je peux croire que Dieu a fait retomber mes iniquités sur Jésus, et que... le salut est pour moi, je peux croire aussi ... en ma guérison. » (Kenneth HAGIN, La guérison nous appartient (Randan : Editions Béthesda), p.11.)

« Non seulement il [Dieu] a fait devenir péché celui qui ne connaissait pas le péché, mais il a fait devenir malade celui qui ne connaissait pas la maladie. Il l'a rendu malade de nos maladies afin que nous soyons parfaitement en bonne santé en Christ. » (Kenneth HAGIN, La guérison nous appartient (Randan : Editions Béthesda), p.15.)

« Nous pouvons prier à propos de la Guérison Divine avec une pleine assurance, sachant que c’est la volonté de Dieu ! » (Kenneth HAGIN, « La Guérison Divine est la volonté de Dieu », sur le site http://www.enseignemoi.com/articles/pensee/la-guerison-divine-est-la-volonte-de-dieu.html.)

Ainsi pour eux, la fin de la pauvreté (la prospérité), la santé (ou la guérison) sont des fruits de l’œuvre de rédemption de Jésus-Christ.

2. Critiques

a) Les conséquences du sacrifice de HaMashiah

Le sacrifice de Mashiah a entrainé le pardon du péché selon la loi (Hébreux 9/22). Un homme justifié est un homme qui retrouve la communion avec Élohim. Mais le sacrifice n’annule pas la perte du trône, il n’équivaut pas à un rachat du trône et il ne redonne pas le droit de régner à la descendance d’Adam, et d’accéder à la richesse. Maintenant que les usurpateurs (serviteurs de Satan) règnent, ils ont le droit de jouir des richesses, et la pauvreté est pour les croyants et les partisans d’Iéshoua, leurs adversaires.

Satan n’a pas fait une répartition des richesses dans le pays ou la région en faveur des serviteurs d’Élohim car ceux-là sont des hommes d’équité. C’est au millénium, pendant que les serviteurs d’Élohim règnent qu’on ne parlera plus de pauvreté, de souffrance matérielle sur la terre. Élohim les comblera et les consolera. Maintenant, l’enrichissement matériel du croyant ne doit être un souci majeur, car Élohim lui assure la nourriture et le vêtement (1 Timothée 6/7-8).

La maladie dont ces pasteurs ne parlent pas, c’est l’incapacité de l’homme d’éviter de pécher ou d’arrêter de pécher à cause de sa nature adamique perturbée par le péché :

« Misérable que je suis, qui me délivrera de ce corps de péché » (Romains 7/14).

La vie éternelle que le croyant reçoit en HaMashiah le guérit de cette ‘‘maladie’’, ou cette condamnation à pécher contre son gré. C’est donc cette grande délivrance, cette justification par HaMashiah que le prophète Esaïe annonçait en disant que par ses meurtrissures nous avons été guéris (Esaïe 53/4). Mais malheureusement la corruption demeure dans les corps de tous (1 Corinthiens 15/53-55), ce qui laisse la possibilité de tomber malade et de mourir chez le chrétien comme chez le non croyant.

La religion de HaMashiah ne cherche pas à éliminer la maladie chez les croyants. Le sacrifice ne constitue point pour eux un bouclier contre la maladie, car Satan le maître de la maladie règne encore sur la terre. Le péché, la mort, la maladie sont ses alliés, opérant pour son compte. Pour tous les hommes, ce sont des ennemis, des empereurs (1 Corinthiens 15,26). Leurs actions vont continuer sur tous jusqu’à ce que le diable (l’auteur) soit saisi et jeté en prison (Apocalypse 20/2). L’agneau d’Élohim n’a pas ôté la souffrance du monde, mais c’est le péché qu’il a ôté (Jean 2/20). La délivrance du péché est obtenue par la blessure du talon du fils de la femme ; et la délivrance de nos ennemis se fera avec l’écrasement de la tête du serpent (Genèse 3/15) (cf. La bataille des dieux sauveurs)

b) La pauvreté dans l’Eglise fut une réalité

Il n’y a pas une malédiction de la pauvreté pour le chrétien. Mais il y a un prix à payer en termes de renoncement suivi de ruine, en s’engageant dans le service de HaMashiah. L’Église subit la pauvreté maintenant, car ce n’est pas son temps de régner, mais celui de travailler pour un salaire différé. Élohim lui réserve les jouissances véritables pour le futur (le millénium). L’enfant d’Élohim est appelé à vivre comme étranger et voyageur sur la terre. Son image est le fils prodigue qui doit accepter sa condition d’insatisfait dans la maison de son père. Il ne doit pas chercher à s’enrichir des biens du monde, il y rencontrera des grandes déceptions parce qu’Élohim l’aime et l’empêche de s’attacher à ces choses qui sont des pièges (Luc 15/11-19). Le pays de Canaan était présenté comme une terre riche et bénie où coulent le lait et le miel ; les israélites ne paressaient point, tous travaillaient franchement. Mais le Deutéronome précise paradoxalement que l’indigence demeurera toujours en Israël : « Il y aura toujours des indigents dans le pays » (Deutéronome 15/11). C’est la même réalité qui se présente dans l’Eglise.

L’or et l’argent appartiennent à Élohim, mais la pauvreté était présente paradoxalement dans la Église naissante. Élohim n’a pas décidé de faire pleuvoir des richesses sur les croyants en HaMashiah uniquement, mais sur les justes et les injustes à la fois (Mat 5/45). L’Apôtre Pierre n’avait pas une fois une piécette en poche pour la donner au mendiant assis à la porte du temple (Actes 3/1-2) et Adon Iéshoua avait dit : « vous avez toujours les pauvres avec vous, mais moi vous ne m’avez pas toujours » (Jean 12/8).

Personne n’avait accumulé de l’argent précédemment pour financer aisément l’œuvre. Pour cela les apôtres peinèrent physiquement et financièrement pour mener l’œuvre. Paul en rend témoignage : 

« Car Élohim, ce me semble, a fait a fait de nous, apôtres, les derniers des hommes, des condamnés à mort en quelque sorte, puisque nous avons été en spectacle au monde, aux anges et aux hommes. Nous sommes fous à cause de HaMashiah ; mais vous, vous êtes sages en Mashiah ; nous sommes faibles, mais vous êtes forts. Vous êtes honorés, et nous sommes méprisés ! Jusqu’à cette heure, nous souffrons la faim, la soif, la nudité, nous sommes maltraités, errants ça et là ; nous nous fatiguons à travailler de nos propres mains, injuriés nous bénissons, persécutés nous supportons, calomniés nous parlons avec bonté, nous sommes devenus comme les balayures du monde, le rebus de tous jusqu’à maintenant » (1 Corinthiens 4/9-13)

Des croyants ne purent tenir devant ces souffrances et cette pauvreté. Des croyants et mêmes des collaborateurs de Shaoul tels Démas, Hermogène et Phygèlle abandonnèrent la marche par amour du siècle passager (2 Timothée 4/10,1/15).

Des mesures locales et universelles furent prises pour gérer la pauvreté à Jérusalem. Cela conduisit à la mise en commun des biens des croyants pour organiser la solidarité entre les frères et la redistribution afin qu’il n’y ait aucun indigent. Particulièrement la nourriture était redistribuée à chacun selon qu’il en avait besoin (Actes 4/32-35). On arriva aussi à des dispositions générales dans les autres églises. Par exemples comment prendre soin d’une veuve afin qu’elle ne soit pas en charge à l’église (1 Timothée 5/16), qui assistera alors les veuves sans parents ; et aussi qui inscrire sur le rôle pour l’assister (1 Timothée 5/9).

Les compagnons de Hamashiah (apôtres des yéhoudim) recommandèrent aux apôtres des goyim (Paul et Barnabas) de se souvenir des pauvres dans leur œuvre chez les goyim (Galates 2/10). Les apôtres en accord avec les églises luttèrent contre l’oisiveté « Si quelqu’un ne veut pas travailler qu’il ne mange pas » (2 Thessaloniciens 3/10).

Paul travaillait de ses mains, et tous les autres apôtres faisaient de même pour donner l’exemple (1 Corinthiens 4/12). Des collectes étaient faites et acheminées pour les croyants de Jérusalem en difficulté : « Pour ce qui concerne les collectes en faveur des saints, agissez- vous aussi comme je l’ai ordonné aux églises de la Galatie. Que chacun de vous le premier jour de la semaine, mette à part chez lui ce qu’il pourra selon sa prospérité, afin qu’on n’attende pas mon arrivée pour recueillir les dons » (1 Corinthiens 16/1-2) et « Car ceux de la Macédoine et l’Achaïe ont bien voulu s’imposer une contribution en faveur des pauvres parmi les saints de Jérusalem » (Romains 15/26).

c) Les enseignements sur la pauvreté, la souffrance et la maladie

Les apôtres ont enseigné sur la pauvreté. Jacques 2/1-6 enseigne de ne pas se fonder sur la pauvreté ou la richesse des frères pour les juger et faire des acceptions. De fait il y avait et des pauvres et des riches dans les diverses assemblées. Il va encourager les frères à secourir, à assister les pauvres d’entre eux : « un frère et une sœur nus et manquant de la nourriture de chaque jour ».

Paul ne cache pas les souffrances des apôtres :

« Jusqu’à cette heure, nous souffrons la faim, la soif, la nudité, errants çà et là ; nous nous fatiguons à travailler de nos propres mains… nous sommes devenus comme les balayures du monde, le rebus de tous jusqu’à maintenant » (1 Corinthiens 4/12-13)

Il encourage son compagnon Timothée à la supporter :

« N’aies point honte du témoignage à rendre à notre Adon ni de moi son prisonnier. Mais souffre avec moi pour l’évangile par la puissance d’Élohim » (2 Timothée 1/8).

« Souffre avec moi comme un bon soldat de Iéshoua HaMashiah » (2 Timothée 2/3)

« Mais toi sois sobre, en toutes choses, supporte les souffrances, fais l’œuvre d’un évangéliste, remplis bien ton ministère » (2 Timothée 4/5).

Aux Romains il dit : 

« ... nous sommes aussi héritiers : héritiers d’Élohim et cohéritiers d’Élohim, si toutefois nous souffrons avec lui. J’estime que les souffrances du temps présent ne sauraient être comparées à la gloire à venir qui sera révélée pour nous » (Romains 8/17-18)

Les apôtres ont dû aussi enseigner sur la maladie. Ils firent comprendre aux croyants que la maladie frappe les croyants car les corps physiques n’ont pas encore connu la rédemption :

« Or nous savons que jusqu’à ce jour la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement, et ce n’est pas elle seulement mais nous aussi qui avons les prémices de l’Esprit, nous aussi nous soupirons en nous-mêmes en attendant l’adoption, la rédemption de notre corps » (Romains 8/22- 23)

Les apôtres ont dû supporter la maladie et les déclarations suivantes l’attestent :

« J’ai laissé Trophime malade à Millet » (2 Timothée 4/20),

«Trois fois je l’ai prié de me guérir, il m’a dit : ma grâce te suffit » (2 Corinthiens 12/8-9)

« Timothée avait des maux d’estomac et des indispositions fréquentes » (1 Timothée 5/23).

En conclusion, malgré le sacrifice de HaMashiah, la souffrance matérielle et morale, la maladie et la nudité étaient présentes dans l’Église. Le sacrifice n’a donc pas ôté la croix à porter en suivant HaMashiah. 

Ben Hachemy

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