Dans le premier article, nous avons énoncé les doctrines de l’Evangile de la prospérité. Dans ce deuxième article, nous allons traiter de la première doctrine sur laquelle est fondée l’Evangile de la prospérité. Elle est la suivante : « L’alliance conclue avec Abraham donne droit à la prospérité matérielle »Nous réfutons cette thèse. Notre démarche consistera à présenter la position des tenants de la thèse, puis à critiquer cette position. 

1. La thèse de l’Evangile de la prospérité

Pour soutenir la thèse selon laquelle « L’alliance conclue avec Abraham donne droit à la prospérité matérielle », Edward Pousson déclare :

« Les chrétiens sont les enfants spirituels d’Abraham et ses héritiers concernant les bénédictions découlant de la foi […] Cet héritage abrahamique comprend tout d’abord une prospérité matérielle. » (Spreading the Flame, p158).

En d’autres termes, Dieu a instauré une alliance avec Abraham dans le but de le bénir matériellement. Et parce que les chrétiens sont les enfants spirituels d’Abraham, ils ont hérité de ses bénédictions financières.

Gloria Copeland incite les croyants dans une publication God’s Will is Prosperity (Tdt : La volonté de Dieu, c’est la Prospérité) en ces termes :

« Prenez cette décision concernant votre prospérité : La bénédiction divine de prospérité m’appartient. Je vais la recevoir. Les symptômes de manque n’ont aucun droit d’agir contre moi. Prenez cette décision et vous commencerez à profiter des bénédictions financières qui vous appartiennent depuis le jour où vous êtes devenu un croyant en Jésus- Christ. » (Gloria Copeland, God’s Will is Prosperity, Forth Worth, Texas, Kenneth Copeland Publications, 1978), p.38).

Son compagnon Kenneth Copeland dit dans The Laws of Prosperity (Tdt : Les lois de la prospérité) :

« Parce que Dieu a instauré une alliance, et que la richesse en constitue une des clauses, il faut vous approprier cette vérité : la prospérité matérielle est vôtre ! » (Kenneth Copeland in The Laws of Prosperity, p. 44).

Robert Tilton, un autre grand défenseur de cette doctrine, a dit : 

« Je suis convaincu que Dieu veut que chaque chrétien s’enrichisse, non parce que ça a fonctionné pour certains, mais parce que je le vois dans la Bible. Je ne fixe pas mes regards sur les hommes, mais sur Dieu qui permet que je m’enrichisse. »

L’argument théologique avancé est que le Christ a racheté le chrétien de la « malédiction de la loi » (Galates 3/13), afin de le mettre au bénéfice de la « bénédiction d’Abraham » (Galates 3/14). La « malédiction de la loi » désigne, selon eux, l’ensemble des malédictions (disette, maladies, malheurs) énumérées en Deutéronome 28 pour ceux qui rejettent l’alliance. La « bénédiction d’Abraham » inclut les richesses matérielles dont Abraham était personnellement pourvu (Genèse 13/2). La construction, ingénieuse, permet de déclarer le chrétien racheté par la Croix de toute une liste de maladies et de maux, et béni en Jésus-Christ d’une bénédiction matérielle semblable à la richesse d’Abraham.

Nous avons une bonne illustration de cet évangile en la personne d’un des principaux prédicateurs africains, qui déclare :

« Beaucoup de gens ne savent pas que Dieu a déjà tout prévu pour que ses enfants soient riches ici sur terre. Et quand je dis riches, je veux dire très, très riches. [...] Lâchez-vous! Ce n’est pas un péché de désirer être riche » (Isaac Phiri et Joe Maxwell, « Gospel Riches [La richesse selon l’Évangile] », Christianity Today, 51, n° 7, juillet 2007, p. 23.)

2. La critique

  • L’alliance avec Abraham et ses implications et exigences

Voici les textes de l’Alliance :

« Je suis El Shaddaï. Marche devant ma face et sois intègre. Je trancherai une berit entre moi et toi et je te multiplierai à l’infini…Voici ma bérit que je tranche avec toi, tu deviendras père d’une multitude de nations. On ne t’appellera plus Abram, mais ton nom sera Abraham car je te rends père d’une multitude de nations. Je te ferai fructifier extrêmement, je ferai de toi des nations et des rois sortiront de toi et ta semence après toi selon leurs générations. Ce sera une bérit de pérennité en vertu de laquelle je serai ton Élohim et celui de ta semence après toi. Je te donnerai et à ta semence après toi le pays que tu habites comme étranger ; tout le pays de Kanaan en possession de pérennité et je serai leur Élohim. » (Genèse 17/ 1-8)

«Je te bénirai et je multiplierai ta semence comme les étoiles du ciel et comme le sable qui est au bord de la mer et ta semence possèdera la porte de ses ennemis. Toutes les nations de la terre seront bénies et ta semence parce que tu as obéi à ma voix » (Genèse 22/17-18)

Voici les implications profondes de cette alliance :

  • Elle met à part Abraham et sa descendance pour adorer uniquement Adonaï(יהוה) : 

« … J'établirai mon alliance avec lui comme une alliance perpétuelle pour sa postérité après lui. » (Genèse 17/19) ;

« Tu n’auras point d’autres Élohim devant ma face » (Exode 20/3) ;

« Tu aimeras Adonaï(יהוה) ton Élohim de tout ton cœur, de toute ton âme et toute ta force » (Deutéronome 6/5).

  • Elle exige la fidélité et l’intégrité aux alliés d’Élohim (Deutéronome 6/3). Avec Iéshoua, elle les oriente explicitement vers le monde à venir où ceux-ci sont appelés à mettre leur espérance (Matthieu 5/2-12).
    • Cette minorité est mise à part et elle se retrouve dans l’opposition religieuse et idéologique avec le reste du monde : 

« Ne vous mettez pas avec les infidèles sous un joug étranger, car quel rapport y a-t-il entre la justice et l’iniquité ? ou qu’y-a-t-il de commun entre la lumière et les ténèbres ?... C’est pourquoi sortez du milieu d’eux et séparez-vous dit Adonaï(יהוה). Ne touchez à rien d’impur et je vous accueillerai » (2 Corinthiens 14/17).

L’alliance va de pair avec le patronage d’Élohim sur la vie de ses alliés humains.

  • Ils sont voyageurs dans le monde, ils doivent porter leur croix, ils doivent prendre le joug de Iéshoua HaMashiah, et lui rendre témoignage toute leur vie. La religion d’Abraham n’est pas une religion bon marché et de plaisirs.
  • Ils doivent aimer Élohim plus qu’eux-mêmes. Ces alliés humains doivent en conséquence renoncer à eux-mêmes pour faire profession de servir Élohim et Lui donner satisfaction.
  • Le reste du monde peut boycotter les alliés d’Élohim et surtout il peut leur refuser des droits politiques et sociaux à cause de leur opposition à lui. Ce sera alors la persécution.   Les prophètes l’ont subie et les limmoudim d’Iéshoua aussi ne furent pas épargnés.

L’alliance est très contraignante. Mais elle met les alliés d’Élohim dans la faveur d’être serviteurs du Grand Roi et les héritiers des bénédictions promises à Abraham. Par Adôn Iéshoua HaMashiah, elle fait d’eux des bénéi Élohim sans différer. L’alliance valorise les alliés humains en les élevant au rang de fils d’Élohim et même elle fait d’eux Ses héritiers, et des vainqueurs sur leurs ennemis (la semence du serpent). On voit bien là des bénédictions spirituelles immédiates.

L’alliance parle d’une bénédiction, mais elle ne précise pas que cela consiste à « avoir beaucoup d’argent et d’or ». De fait, avant cette alliance, Abraham était déjà riche : « Abram était très riche en troupeau, en argent et en or » (Genèse 13/2), et des promesses de richesses matérielles ne l’intéressaient plus. Il cherchait plutôt une postérité à laquelle il allait laisser ses richesses. Élohim ne pouvait pas alors signer avec lui une alliance pour le bénir matériellement.  

L’alliance détermine les responsabilités des alliés en indiquant aux uns et aux autres ce qu’il faut faire. C’est Élohim qui en a arrêté les clauses et Il entend rémunérer leur foi (Hébreux 11). Élohim ne vise pas avant tout leur enrichissement, mais Il les engage à vivre pour Lui. L’alliance est une mise en route pour une mission spirituelle, mais non pour une réalisation matérielle de soi en s’appuyant sur Élohim.

  • Les effets matériels de l’alliance sur Abraham, Iéshoua et ses disciples

Après l’alliance, la postérité naturelle d’Abraham n’eut pas de jouissance des effets. En effet, le temps des patriarches se termina en Egypte par un esclavage. Après la période tribale, ce furent des batailles incessantes avec des voisins et il s’en suivit une période royale aussi tourmentée qui aboutit à des déportations. L’histoire des Hébreux ne reflète en rien la bénédiction promise à l’homme Abraham.

Pour ce qui est d’Iéshoua, la postérité d’Abraham (Galates 3/16), sa vie ne laisse pas un témoignage de bénédictions matérielles particulières :

-  Il est plutôt un homme de douleur, habitué à la souffrance

-  Il n’avait pas de lieu où reposer sa tête (pas une demeure)

-  Il circulait à pieds avec ses disciples tandis les rois avaient des chars

-  Ils devaient se contenter souvent de pains et des poissons sinon rien

-  On lui a refusé l’hospitalité et plusieurs fois on a failli le lapider

-  Il fut vendu comme un esclave, livré aux étrangers par sa nation et mourut de la mort des malfaiteurs.

Les chrétiens sont la postérité plurielle d’Abraham (Galates 3/7). Mais est-ce qu’ils ont hérité de bénédictions matérielles en croyant en HaMashiah ? Ecoutons ce qu’Adôn Iéshoua a dit après la signature de l’alliance avec ses disciples : 

«Voici je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez prudents comme les serpents et simples comme les colombes. Mettez-vous en garde contre les hommes, car ils vous livreront aux tribunaux, et ils vous battront de verges dans leurs synagogues. Vous serez menés à cause de moi devant des gouverneurs et devant les rois pour servir de témoignage à eux et aux païens […] vous serez haïs de tous à cause de mon nom, mais celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé. Quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre » (Matthieu 10/16-22)

Les autorités non croyantes ont persécuté ses disciples, comme le témoigne le livre des Actes des apôtres, et ces persécutions ne sont pas des signes d’une bénédiction matérielle quelconque. Pierre et Jean furent arrêtés et traduits devant le sanhédrin (Actes 4/3-19).  D’autres apôtres furent jetés en prison et battus de verges (Actes 5 /17-19). En Actes 7,  Etienne lapidé, en Actes 8, c’est la persécution générale à Jérusalem et la dispersion des croyants.   Plus tard, Jacques est mis à mort (Actes 12) et Pierre est jeté en prison, Paul et Barnabas connaissent le succès et la persécution (Actes 14). Paul arrêté, après il est jugé et maintenu en prison (Actes 21), etc.

Voici le témoignage  de Shaoul (Paul) : 

«  Jusqu’à cette heure, nous souffrons la faim, la soif, la nudité, nous sommes maltraités, errants çà et là ; nous nous fatiguons à travailler de nos propres mains, injuriés nous bénissons, persécutés nous supportons, calomniés nous parlons avec bonté, nous sommes devenus comme les balayures du monde, le rebus de tous jusqu’à maintenant » (1 Corinthiens 4/9-13)  

Les croyants en HaMashiah ont connu la persécution, la prison, la mort, la faim, l’humiliation, les sévices, la dispersion depuis le début et cela se poursuivra durant toute l’histoire de l’Église. Les croyants vont subir la faim, la soif la prison, la moquerie, la nudité, supporter les maladies, l’exil, etc. Ainsi, croire, pour les disciples revient à traverser le feu de la persécution et des tourments menés contre eux. Parce qu’ils sont bénis d’Élohim et pris en compte dans l’alliance d’Abraham, leur vie terrestre au service de HaMashiah n’est pas une vie de plaisir et de repos, de recherche d’enrichissement matériel, mais une vie de brebis destinées à la boucherie, ou de brebis au milieu de loups cruels.

Ben Hashemy

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