Depuis l’existence de l’Église Catholique, c’est la première fois avec l’inculpation du Cardinal George Pell, qu’un Prélat de haut rang doit être entendu dans une affaire criminelle. Ce n’est pas la première fois que l’homme est confronté à la justice de son pays pour des actes de pédophilie. En 2002 déjà, il avait été accusé de sévices sexuels sur des enfants avant d’être innocenté. Dix ans plus tard, il reconnaissait, devant une commission d’enquête mise en place par le gouvernement Australien, avoir « failli » dans sa gestion des prêtres pédophiles dans l’Etat de Victoria dans les années 1970. Comme on le voit l’homme a un pédigrée assez impressionnant en  matière de Pédocriminalité. François ne peut donc pas prétendre ignorer ces faits au moment où il a décidé d’en faire son collaborateur. La vérité est que, le cardinal Pell appartient à l’aile conservatrice de la Curie Romaine qui a exprimé à plusieurs reprises son opposition à des reformes mises en route par François. Son départ le débarrasserait d’un opposant encombrant.

Le Cardinal George Pell

I - Le Cardinal Pell un homme compétent mais indépendant

1) Un expert des questions financières

Selon le Vaticaniste Iacopo Scaramuzzi, « c’est Pell lui-même qui est venu proposer ses services à François, il bénéficiait d’une réputation d’expert des questions financières et avait la réputation d’avoir bien géré les diocèses Australiens qu’il avait dirigés. » En clair c’est en gestionnaire chevronné qu’il offre ses services au pape, qui avait en ce moment besoin de mettre en ordre ses finances et sa banque, suspectée  d’abriter des milliers de comptes douteux.

2) Un homme indépendant

Pell se propose lui-même au service du pape, il n’attend d’être appelé cela démontre qu’il doté d’un esprit de liberté et d’indépendance. En plus, comme le soutient le vaticaniste Iacopo Scaramuzzi : «  il a exprimé à plusieurs reprises son opposition à des réformes mises en route par François.» Le prélat Australien s’est joint ainsi à ceux qui critiquent ouvertement l’ouverture faite en direction des divorcés remariés. Auparavant,  Pell s’est aussi distancié de l’encyclique sur l’écologie, Laudato Si, publiée en Juin 2015. Un tel esprit était devenu très gênant pour Jorge Bergoglio qui faisait contre mauvaise fortune bon cœur jusqu’à ce que la police australienne décide d’inculper l’argentier du Vatican. Dans cette scabreuse affaire le pape François pouvait-il tirer son collaborateur d’affaire ?

II - Les ressources du pape

La réponse à cette question est assurément Oui car le Vatican en tant qu’Etat confessionnel indépendant dispose d’une série d’outils lui permettant s’il le voulait de sortir le prélat des griffes de la justice de son pays d’origine

1) L’immunité diplomatique

« Par le passé, dans des affaires financières, des responsables du Vatican ont échappé à la justice italienne en invoquant l’immunité diplomatique » soutient Iacopo Scaramuzzi. Ainsi donc dans l’affaire George Pell, il suffisait que les dignitaires de l’Eglise Catholique invoquent l’immunité diplomatique pour qu’il soit tiré d’affaire.

2) L’interventionnisme de l’Eglise

L’Église Catholique a la fâcheuse habitude d’interférer dans les enquêtes lancées par les Etats contre ses prêtres qui se rendent coupables d’actes répréhensibles. Elle diligente une contre-enquête qui finit presque toujours par absoudre les mis en cause. A titre d’exemple, selon Médiapart, alors qu’il était encore archevêque de Buenos Aires, Jorge Bergoglio a activement participé à la défense d’un célèbre prêtre sud-américain, accusé d’actes pédophiles, le Père Grassi. L’affaire est révélée en 2002, par l’émission Telenoche Investiga, et Julio Grassi est mis en cause pour agression sur des mineurs de la fondation qu’il a créée Felices Los Niños. L’une des victimes, Gabriel, violé à l’âge de 15 ans, raconte avoir subi des menaces à la suite de son témoignage, le Père Grassi étant considéré comme une véritable star à Buenos Aires. Le Père Grassi sera finalement condamné à 9 ans de prison en 2009. Mais, pour l’avocat des victimes, « l’attitude du pape a facilité l’impunité de Grassi ». Et pour cause : « L’Eglise d’Argentine, à travers la Conférence Episcopale présidée par le futur Souverain Pontife, commande un document intitulé : Etude sur le cas Grassi, véritable contre-enquête diligentée pour innocenter Grassi… La démonstration aboutit à une conclusion à sens unique : la justice s’est trompée, il faut acquitter Julio Grassi en appel ». Le juge Carlos Mahiques qui a reçu le document, explique, dans Cash Investigation que « c’est une analyse partiale dans certains cas, très partiale dans d’autres. C’est clairement en faveur du Père Grassi ». Selon lui, l’objectif est « d’exercer une pression subtile sur les juges. Quant à la responsabilité directe de Jorge Bergoglio, il est raconté par des journalistes qu’une fois élu pape, avant même de prendre fonction et cela à la veille du réexamen de l’affaire Grassi il a reçu la visite du président de la Cour Suprême. Une visite privée dira le magistrat, sans rapport avec cette affaire. » (Source le POINT.FR Publié le 21 Mars 2017). Comme on le voit que ce soit sur le plan diplomatique ou du point de vue des pressions sur les juges, François a les moyens d’aider son collaborateur, mais pourquoi ne le fait-il pas ? Deux faits, semblent justifier ce manque d’engagement de la part des autorités de Rome.

a) La gravité et la récurrence des actes pédophiles

Les actes reprochés au prélat Australien sont de deux catégories : les actes commis par d’autres prêtres sur lesquels il a fermé les yeux et les actes qu’il aurait lui-même commis. En effet, en 2012, il avait déclaré devant la commission d’enquête sur les actes pédophiles des prêtres australiens, qu’il avait « failli » dans sa gestion des prêtres pédophiles. Dix ans plus tôt soit en 2002 lui-même il sortait blanchi d’une procédure devant aboutir à sa condamnation pour sévices sexuels sur des enfants. Aujourd’hui, il est inculpé pas pour les actes commis par autrui, mais pour des actes qu’il aurait lui-même commis. Il est convoqué le 18 Juillet 2017 devant le tribunal de première instance de Melbourne pour y être entendu. De l’avis de Shane Patton, le commissaire adjoint  en charge de l’affaire, il y a de nombreux plaignants liés à ces accusations. En outre, c’est la première fois qu’un haut gradé de la hiérarchie Catholique se trouve confronté à de telles accusations. L’avocat de deux hommes qui ont porté plainte contre Mgr Pell a affirmé que ses deux clients, qui souhaitent garder l’anonymat, étaient ravis, « cela a été très dur pour eux d’oser sortir du rang » a déclaré Ingrid Irwin au Melbourne Herald Sun avant d’ajouter : « Accuser quelqu’un qui pour certains n’est autre que l’Adjoint de Dieu, leur a créé beaucoup de problèmes ». Les accusations sont multiples avec de nombreuses ramifications, de plus François lui-même n’est pas blanc comme neige en la matière du coup, les outils habituels s’avèrent inopérants et risquent de gâcher le pontificat de ce premier pape jésuite. Il ne reste plus alors qu’à montrer patte blanche.

b) Tant qu’à faire, que sa chute serve à quelque chose

Iacopo Scaramuzzi explique que selon une source proche de la curie, « il est peu probable que le Cardinal Pell, même s’il n’est pas condamné, reprenne ses fonctions au Vatican. Pour le moment, il n’a pas démissionné, mais pris congé » pourtant, dans son communiqué le Vatican « le remercie pour le travail accompli », une formule utilisée lorsque quelqu’un quitte sa fonction.  Il faut comprendre que dans la tête de François, Pell c’est de l’histoire ancienne. Il a pu se compromettre pour un simple prêtre le Père Grassi, mais n’a pas osé lever le petit doigt pour son collaborateur direct. Le dire ce n’est pas défendre Pell, mais de montrer le vrai visage du jésuite, qui hait la contradiction. Une chose est sûre, la chute de l’Australien profite au pape qui réduit le nombre de ses opposants.

Désormais seul face à son destin, celui qui a, un moment cru que réussir à redresser les finances de Rome le rendait indispensable devra méditer cette devise chère aux jésuites : « la fin justifie les moyens ». Ainsi François est débarrassé du gênant George Pell à qui le tour est-on tenté de se demander ?

Le Scribe

 

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