Partout dans le monde, on prône la démocratie. Elle est présentée comme le système de gestion du peuple par excellence. Les pays occidentaux en font l’éloge et cherchent à l’imposer à tous les peuples car pour eux, elle permet l’égalité et la liberté. De la civilisation antique grecque à la civilisation occidentale d’aujourd’hui, la démocratie a fait du chemin. Elle a subi des transformations et continue d’évoluer. Ce présent article a pour objectif de faire la lumière sur un aspect de ces transformations, à savoir l’évacuation du religieux de la sphère démocratique.

 

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Une séance de vote à l'ONU

I) Qu’est-ce que la démocratie ?

Le Grand Robert définit la démocratie comme étant un régime et une doctrine politique de l'Antiquité (grecque; latine) où la souveraineté appartient aux citoyens. En effet, le terme « démocratie » vient  du grec ancien « dêmos », qui signifie « peuple », et « kratos », qui se réfère au pouvoir. La démocratie est donc, littéralement, le « pouvoir du peuple ». C’est une organisation politique dans laquelle les citoyens exercent la souveraineté. Cette organisation politique repose sur le respect de la liberté et de l'égalité de tous les citoyens. Ceux-ci ont les mêmes droits et devoirs et, jouissent d’une liberté d’action et de pensée. Mais de façon pratique, comment la société démocratique se présentait-elle à l’origine ?

II) Aux origines de la démocratie : la démocratie athénienne

Les premières expériences d’un régime politique démocratique ont eu lieu pendant l’Antiquité, dans la cité grecque d’Athènes. A la base de la démocratie athénienne figurent les citoyens. C’est l’ensemble des hommes libres de plus de 18 ans qui sont nés de père et de mère athéniens et qui ont fait le service militaire de deux ans (l’éphébie). Eux seuls ont le droit de participer au culte, de siéger aux assemblées et d’y prendre la parole, de voter, d’être magistrat, de contracter un mariage légal, de posséder des immeubles. En contrepartie, ils doivent payer l’impôt et remplir bénévolement certaines charges publiques. Les esclaves et les femmes par contre n’étaient pas considérés comme des citoyens.

De plus, en tant que société polythéiste, la vie sociale athénienne était imprégnée de la religion. En effet, à Athènes, comme dans toutes les cités grecques, la religion faisait partie intégrante de la politique : « On reconnaissait le citoyen à ce qu'il avait part au culte de la cité, et c'était de cette participation que lui venaient tous ses droits civils et politiques (…) La participation au culte entraînait avec elle la possession des droits. Comme le citoyen pouvait assister au sacrifice qui précédait l'assemblée, il y pouvait aussi voter. Comme il pouvait faire les sacrifices au nom de la cité, il pouvait être prytane et archonte. Ayant la religion de la cité, il pouvait en invoquer la loi et accomplir tous les rites de la procédure. » (Fustel de Coulanges, La Cité antique, xii, p. 226 et 230.)

Comme le dit Fustel, la vie du citoyen athénien était orientée par la religion. De sa naissance à sa majorité, l’accès du futur citoyen à ses droits et devoirs était accompagné par des cérémonies solennelles.  La présentation de l’enfant mâle aux membres de la phratrie (division de la tribu), dans le dème (division territoriale et unité administrative) avait toutes les apparences d’un baptême politique et religieux car ce dernier devait participer à certains rites. La fête des Apatouries et celle des Brauronies se présentaient comme des retraites au cours desquelles l’adolescent recevait une initiation religieuse sous l’égide de la cité.

En outre, les héliastes, les bouleutes et les magistrats tirés au sort étaient, d’une certaine manière, choisis par les dieux et prêtaient serment devant eux. Toute séance de l’Ecclésia commençait par un sacrifice et l’orateur, à la tribune, portait une couronne de myrte qui lui conférait, le temps de sa prise de parole, un caractère inviolable et sacré. Tout citoyen pouvait prendre la parole lors des séances d’où la notion d’égalité.

En somme, la société démocratique athénienne était une société fondée sur l’égalité et la liberté mais n’excluait pas le religieux qui faisait partie intégrante de la vie sociale. Le citoyen athénien était donc un homme politique orienté par la boussole religieuse.

Qu’en est-il de nos sociétés démocratiques d’aujourd’hui ?

III - La société démocratique occidentale

De l’antiquité à aujourd’hui, la notion de démocratie a évolué. Elle a même été l’objet d’une convention européenne qui en a dégagé les critères que nous rapporte  Véronique FABRE-ALIBERT : « Selon le juge européen, il n’est pas de société démocratique sans pluralisme, la tolérance et l’esprit d’ouverture se traduisant effectivement dans son régime institutionnel… » (Véronique FABRE-ALIBERT, Maitre de conférence à la faculté de Reims-Champagne-Ardenne, Février 1998, La Notion de « Société démocratique » dans la jurisprudence européenne des droits de l’homme – p. 5).

Le pluralisme, la tolérance et l’esprit d’ouverture sont des traits de la démocratie occidentale. Il n’existe plus une réalité absolue (comme c’était le cas dans les régimes monarchiques), mais une diversité d’opinions. En effet, dans le régime monarchique, le roi est  au peuple ce que la tête est au corps. Il est le seul à décider. Par ailleurs, le roi étant également croyant, son pouvoir est aussi considéré comme divin : « La monarchie d'ancien régime, si elle n'était pas toujours arbitraire dans son gouvernement, il s'en faut, l'était indiscutablement dans son principe. Elle était de droit divin, c'est-à-dire sans recours quant à sa légitimité… Mais ceux qui l'exerçaient la considéraient et la présentaient comme un axiome. » (Albert Camus, l'Homme révolté, p. 144)

À l’heure de la révolution, l’autorité politique et religieuse exercée à travers le roi fut balayée. La religion sur laquelle s’appuyait la royauté pour opprimer le peuple a été évacué. L’homme est désormais la mesure de toute chose. C’est le début de la démocratie occidentale. L’assemblée nationale devient le représentant du peuple, et décide au nom du peuple. La société démocratique naissante devient au fil du temps une « société d’opinions ». Cependant, dans toute cette diversité d’opinions, il existe une opinion commune qui se forme, dont la puissance est très grande. L’opinion commune, c’est l’opinion majoritaire qui étouffe les voix divergentes. L’opinion de la majorité devient celle de tous et rien ne peut lutter contre elle : « Il est de l’essence même des gouvernements démocratiques que l’empire de la majorité y soit absolu ; car en dehors de la majorité, dans les démocraties, il n’y a rien qui résiste. » (Alexis de Tocqueville (1840), De la démocratie en Amérique, p. 250)

En effet, dans la démocratie occidentale, l’opinion publique a une influence sur la croyance, la pensée, les mœurs ; ces éléments relevant du privé. Si l’opinion publique est orientée vers une pensée, cette pensée devient celle de la société même si elle est en contradiction avec les traditions des peuples. Il en est de même pour les mœurs et les croyances.

Au nom de la démocratie, la liberté a cédé la place au libertinage. Le citoyen est libre de choisir ou d’adhérer à ce qu’il juge bon, de faire ce qu’il veut même si cela bouleverse certaines pratiques traditionnelles ou même va  à l’encontre de certaines pratiques religieuses ; pourvu que cela soit adopté par l’opinion publique. Dès lors, il est facile de comprendre pourquoi aujourd’hui l’homosexualité est entrée dans les mœurs alors que cela est une chose condamnée par la religion. La démocratie occidentale est donc plus forte que la religion qui ne peut que se plier à l’opinion publique. Elle est devenue l’antithèse de la démocratie athénienne.

En conclusion, la démocratie occidentale est différente de la démocratie athénienne. Elle a évolué ; mais dans la plupart des cas au détriment de la religion. Elle a transformé la liberté du citoyen en libertinage et donné le pouvoir à une opinion publique qui a abandonné la boussole qu’avait la démocratie athénienne à savoir la religion. La démocratie occidentale nie toute transcendance pour faire de la raison humaine sa boussole.

Benel

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